Les sabotiers

Les sabotiersles sabotiers

"Selon un usage ancien, un bon dixième de la population de la Prugne émigre, bon an mal an, cela s'appelle aller aux sabots, parce qu'ils sont tous sabotiers comme les habitants de Saint-Nicolas dans la même contrée. Ils vont s'établir dans les coupes et bâtissent à même leurs loges ; le toit à deux pentes ou bien adossé contre un roc est fait de branches ; au-dessous le palier plancher entrelacé portant sur les picotes ou fourches. Devant, le grand recoche à deux ouvriers porte sur quatre jambes de tréteaux ; le sabot fixé par des coins dans les entailles se façonne avec Iibron, la coudeuille à vis, l'essole et l’éboucle : vous voilà bien renseignés ; puis on le vernit â la fumée, sabot roussiot sur les bas bleus des montagnardes ! Vous riez, belles dames, eh ! Bien pleurez maintenant ! Sur un feu de genêt sec, jetez feuilles de verne tant et plus, bien avec ce brin de chanvre liez les sabots par paires à cheval sur un bâton couché sur des picotes... une âcre fumée pénètre ce bois de fayard vert, le brunit, l'enduit d'un vernis d'empyreume. Atchi ! ... pleurez beaux yeux, et vous, bergers, clic, clac, cloc ! A la bourrée ! Il faut que le sabot roux se trémousse, clic, clac et cloc !"
Dr Frédéric NOELAS    Revue du Lyonnais 1878,   pages 53 à 65